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Docteur, est-il bon de courir ?

C’est la question que nous avons posée au Dr Barbier, chirurgien spécialiste du pied. Voici ses conclusions.

« Docteur, courir, ça use les genoux, non ? »

En tant que chirurgien orthopédique, les patients me posent régulièrement cette question.
Pour y répondre, regardons d’abord comment notre corps est construit.
Physiologiquement et biomécaniquement, l’Homme est fait pour courir.

Pas pour courir vite. En effet, face à un ours, une vache ou même un hippopotame, la plupart d’entre nous perdraient un sprint.
Mais pour courir longtemps. Car sur la distance, la hiérarchie change.
En 2019, en Arizona, un coureur à pied a même remporté en 6 h 14 une course de 80 km ouverte aux chevaux.
Tout indique que l’évolution nous a façonnés pour l’endurance : un tendon d’Achille long et élastique qui restitue l’énergie à chaque foulée, une voûte plantaire qui joue le rôle de ressort, de grands muscles fessiers qui stabilisent le tronc, des millions de glandes sudoripares qui évacuent la chaleur.
Voyons ce que la course apporte à votre santé, genoux compris.

Le cœur, premier bénéficiaire

Les bénéfices cardiovasculaires sont les premiers auxquels on pense concernant la course à pied, mais aussi les mieux documentés scientifiquement.
Une méta-analyse, portant sur plus de 230 000 adultes, associe la course à une mortalité cardiovasculaire (infarctus, AVC) inférieure d’environ 30 % et à une mortalité globale (toutes causes confondues) inférieure de 27 %. Ce bénéfice apparaît dès une séance par semaine, sans gain démontré, sur ce critère de la mortalité, chez ceux qui courent davantage.
Une sortie par semaine constitue donc un bon point de départ, et l’OMS indique le cap à atteindre ensuite : au minimum 1 h 15 par semaine d’activité « aérobique » d’intensité soutenue (comme la course à pied). Au-delà de 2 h 30, des bénéfices supplémentaires apparaissent sur le plan de la santé.

Le verdict sur les genoux

Reprenons la question des patients.
Chez les coureurs récréatifs, les études n’observent aucun excès d’arthrose.
Une revue, portant sur plus de 125 000 personnes, relève un taux d’arthrose de hanche ou de genou plus bas chez ce type de coureur (3,5 %) que chez le sédentaire (10,2 %) ou le coureur élite (13,3 %).


L’IRM va dans le même sens : chez des débutants, dix semaines de course ont fait évoluer la qualité du cartilage du genou, plus favorablement que chez des sédentaires.
Le cartilage s’adapte donc à la charge, à condition qu’elle reste progressive.
Ces études permettent de se mettre à la course sans craindre pour ses genoux, surtout en l’absence de problème articulaire connu.

Au-delà du cœur, tout l’organisme

L’activité physique régulière protège contre plusieurs maladies chroniques.
Chez les personnes actives, le risque de diabète de type 2 est inférieur d’environ 26 % pour 2 h 30 d’effort modéré par semaine, et d’environ 36 % pour le double.
Le risque de fracture de la hanche, complication redoutée de l’ostéoporose, est inférieur de l’ordre de 40 %.
Treize types de cancer sur 26 étudiés sont associés à un risque plus faible, notamment les cancers du côlon et du sein.
Au total, la mortalité toutes causes confondues est inférieure de 20 % déjà sous les recommandations minimales, et d’environ 35 % lorsqu’on atteint une à trois fois ces recommandations.

Et la tête aussi

L’activité physique agit même sur le cerveau.
De la marche rapide durant environ 1h15 par semaine est associée à un risque de dépression inférieur de 18 %, et durant 2h30 à un risque inférieur de 25 % : l’essentiel du bénéfice se joue entre ne rien faire et faire un peu.
Chez les personnes insomniaques, l’exercice améliore la qualité du sommeil ressentie.
Pour le cerveau qui vieillit, les études observationnelles associent l’activité à un risque de démence (Alzheimer) inférieur d’environ 20 %.

Conclusion

Rester assis des heures pèse sur la santé, et l’activité physique en atténue les effets.
La course à pied est un outil accessible, gratuit et efficace, pour lequel notre corps est conçu.
Des débuts ou une reprise progressive, en alternant marche et course lente, exposent moins aux blessures qu’une course sans préparation.
Pour commencer ou reprendre dans de bonnes conditions, faites-vous accompagner : par un médecin, un physiothérapeute ou un club pour le plaisir de courir ensemble.
Les intéressés peuvent aussi rejoindre les entraînements organisés gratuitement par le SAB, chaque lundi à 18 h 30 jusqu’au jour de la Corrida bulloise.
Dans le prochain article, nous verrons comment vous remettre à la course : comment progresser par étapes, et ce qu’il faut penser des idées reçues sur les pieds et les chaussures.
Rendez-vous à la 49e Corrida Bulloise, le 21 novembre, à votre rythme.

Dr Geoffroy Barbier
Chirurgien spécialiste du pied
Certifié « La Clinique Du Coureur »
Centre Pied/Cheville – Bulle
www.cpc-bulle.ch

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